Budget de souveraineté, salaire mensuel, fonctionnement du Palais Gbagbo : Parmi les chefs d’Etat les mieux traités au monde

Publié le par sethkokohongrie

Laurent GBAGBO-2Certes, ce fut un feu de paille. Un vent doux a soufflé sur la Côte d’Ivoire. D’aucuns diront qu’il s’agissait d’un simple coup de bluff. Mais, les révélations de Mamadou Koulibaly sur les malversations à l’Ecole de police et les tentatives de certains parlementaires pour la mise sur pied d’une Commission d’enquête, sont révélatrices d’un certain frémissement en faveur de la transparence dans la gestion des affaires publiques. Transparence ? Oui, certainement. Car, le mot devrait être partagé aussi bien dans son sens que dans ses implications, par l’ensemble des Ivoiriens qui aspirent à une vie publique assainie. Qui gagne quoi ? Qui fait quoi avec les fonds mis à sa disposition par l’Etat ? La nécessité de changement de mentalité s’impose d’autant plus que, partout dans le monde, aussi bien en Europe qu’en Afrique, l’actualité nous donne de voir que la moralisation de la vie publique est une notion qui gagne du terrain.

Au nom de cette exigence, il y a lieu de jeter un regard sur la présidence de la République, la première institution du pays qu’incarne le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo. Depuis quelques années, en effet, le patron de la Refondation a installé une gestion quasi monarchique du pouvoir. C`est-à-dire que, comme le feraient, légalement, le Roi Abdallah Ibn Abdelaziz Al-Saoud d`Arabie saoudite, ou le Sultan Hassanal Bolkiah de Brunei ou encore, le Guide libyen, Mouammar Kadhafi qui, eux, sont des souverains ou des régents, Gbagbo s’attribue un budget de souveraineté qui n’obéit à aucun contrôle. Le montant de ce budget est de l’ordre de secret d’Etat. Tout ce qui est su, par contre, c’est qu’il grimpe, grimpe, grimpe de façon exponentielle. De 2003 à 2007, le budget de souveraineté de Laurent Gbagbo a connu une hausse incommensurable. Selon le député Sanogo Ibrahim, membre de la Commission économique et financière de l’Assemblée Nationale, cité sur un blog, « ce budget fixé à 22 milliards lorsque Laurent Gbagbo arrivait au Pouvoir, est monté aujourd’hui à 76 milliards ».

Le plus curieux dans l’affaire, c’est que ni l’Assemblée Nationale ni aucune autre institution de l’Etat, n’a un droit de regard sur ce montant qui, à lui seul, représente plus de 3% du budget général de l’Etat fixé à 2481 milliards. En plus, il y a le budget du personnel de la Présidence évalué à une dizaine de milliards et les autres charges de fonctionnement de l’institution qui coûtent au contribuable plus de cinq milliards de francs CFA. Le chef de l’Etat ivoirien, au moment où les fonctionnaires tirent le diable par la queue, plastronne donc avec une enveloppe annuelle de plus de 90 milliards de francs CFA sans que le citoyen ne sache réellement ce qu’il en est et ce qu’il en fait. S’il est difficile de distinguer les nuances entre le budget de fonctionnement de l’institution présidentielle et celui de l’individu Laurent Gbagbo, il est tout de même aisé de comprendre que la personne du chef de l’Etat est entretenue plus chèrement que sa fonction. Dans un pays normal, les postes budgétaires de dépense des institutions et les personnes qui les incarnent, sont énumérés. Il s’agit des dépenses du personnel, de fonctionnement, de déplacement, des travaux d’entretien, des impôts et taxes. Le ministre Paul Antoine Bohoun Bouabré expliquait, il y a quelques mois, que le budget de souveraineté est utilisé pour « beaucoup de choses ». Qu’est-ce à dire ? Silence ! Mais, on remarquera qu’en Côte d’Ivoire, le budget du Président de la République n’est plus soumis à la sagacité de l’Assemblée Nationale, lors du vote de la loi de finances. Il est exécuté par le gouvernement après la prise d’Ordonnances.

Pour masquer cette forfaiture, Laurent Gbagbo et des journaux se cachent derrière un salaire mensuel de neuf millions six cents mille FCFA pour dire qu’il n’est « pas chèrement payé ». Et pourtant.

Dans le hit parade des salaires des chefs d’Etat et de gouvernements du monde, Gbagbo n’est pas mal loti. En Afrique noire subsaharienne, il occupe le deuxième rang des salaires officiellement déclarés, après le Président gabonais, qui a deux cent mille francs de plus que lui. Gbagbo gagne plus que Jacob Zuma, Président de la première puissance économique du continent. Et, nettement mieux que le président Abdoulaye Wade du Sénégal qui, selon la loi, reçoit chaque mois, 568 000 F CFA.

Laurent Gbagbo est mieux payé que José Luis Rodriguez Zapatero, le chef du gouvernement espagnol (4300 £, soit 4700000 f CFA), le président russe Dimitri Medvedev, qui gagne un peu moins de 7300£, c`est-à-dire trois millions de FCFA.

On peut comprendre aisément que parmi les chefs d’Etat du continent africains, beaucoup n’aient publié leur traitement que pour faire diversion. Car, les budgets sont alloués aux présidences sans plus de précision sur leur répartition précise. Beaucoup de lignes budgétaires y figurent comme « traitement du cabinet du Président », les « salaires », les « indemnités » et les « autres rémunérations». Tout cela laisse à penser que le président dispose d’autres sources de revenu.

Et c’est là que le piège se découvre. Comme beaucoup de ses pairs, Gbagbo ne voit pratiquement jamais la couleur de son salaire. Car, le budget dit de souverainement est là. Comme une nébuleuse, il n’obéit à aucune loi. Son traitement doit donc se calculer à l’aune de cette donne. Sur l’année, le salaire officiel de Gbagbo est de l’ordre de 115 millions de CFA. Ajouté à cela son budget de souveraineté, les soixante seize milliards de budget qu’il s’attribue, le chef de notre Etat se retrouve, avec plus six milliards de FCFA par mois. De quoi faire jalouser l’étasunien Barack Obama (15 millions FCFA), le français Nicolas Sarkozy (12 millions), le Président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, la Chancelière allemande, Angela Merkel, ou le Premier ministre du Royaume-Uni David Cameron, plafonnés à 10 millions de FCFA. Evidemment ces salaires sont les salaires. Soumis à tous les contrôles par les instruments de l’Etat. En outre, les institutions qu’ils incarnent ont leur budget de fonctionnement. On le voit donc, le Chef de l’Etat ivoirien coûte cinq cents fois plus cher que le Président de la République française, le modèle de démocratie auquel s’est adossé notre pays.

On ne verra pas un chef d’Etat dans une démocratie, distribuer des millions de francs à des citoyens pour les appâter dans son giron politique.

Les budgets sont scientifiquement confectionnés. En France par exemple le budget de l’Elysée est fixé à 11 milliards de FCFA. Nicolas Sarkozy ne dispose pas de cette somme comme il le souhaite. C’est le même cas pour la Maison Blanche aux Etats-Unis. Le Congrès a voté 170 milliards FCFA pour le fonctionnement du palais présidentiel le plus puissant du monde. Les Etats-Unis, ce sont tout de même, 309 millions d’habitants, c’est la plus forte armée et le pays le plus industrialisé. Il est a remarquer que dans aucun de ces pays, n’est institué un budget dit de souveraineté mis à disposition du chef de l’Etat.

Ici, c’est ce à quoi sert le budget de souveraineté, que la rue de Treichville a vite fait de nommer « argent de poche ». Le chef de l’Etat s’en sert pour instrumentaliser la mendicité ou la corruption. « A ce budget dit de souveraineté émargent des mercenaires politiques, des griots de la République et autres fanfarons, des gourous des sociétés secrètes d`ici et d`ailleurs et de toutes sortes de manipulateurs de la chose occulte dont le rôle commun est la sauvegarde du fauteuil du chef », indique un connaisseur du dossier.

Gnamien Yao, ancien ministre de la République disait ceci : « Lorsque Gbagbo a entendu mes cris de douleur, il m’a appelé et m’a remis la somme de 20 millions de francs CFA ». Depuis lors, Gnamien Yao est un obligé de Laurent Gbagbo. Il a quitté son parti politique, le PDCI, pour rejoindre le camp présidentiel. Parce qu’à l’origine, l’argent public a permis de calmer sa « douleur ».

Il y a deux jours, Blon Blaise, Haute autorité de développement des régions des Montagnes et du Moyen-Cavaly, avouait : « Il (Gbagbo, ndlr) m`a donné un milliard pour vous aider à réparer tout ce qui a été détruit par la guerre et ses effets collatéraux afin de vous sortir des difficultés. Je m’étais trompé au sujet de Laurent Gbagbo que j`ai passé 10 ans à combattre. Je voudrais vous inviter à accorder vos voix au candidat Koudou parce que c’est lui seul qui peut nous sortir des difficultés, en achevant l’œuvre de reconstruction et de développement qu’il a amorcée. Vous devez comprendre que la politique doit désormais se faire avec des intérêts économiques. » Ces cas sont légion dans le microcosme politique ivoirien. On se demande alors à quoi sert le gouvernement si le chef de l’Etat peut disposer d’une cagnotte lui permettant de « donner un milliard de FCFA » à une autorité publique.

A regarder le tableau comparatif du traitement salarial des chefs d’Etat et Chef du gouvernement, le constat est clair. Hormis les Sultans, Rois et autres tyrans qui n’obéissent à aucune loi que celle de leur trône, la Côte d’Ivoire est un cas entièrement à part. Laurent Gbagbo est un géant. Il peut figurer dans le top dix des chefs d’Etat les mieux traités par l’argent public. Pourtant, il est à la tête d’un petit pays. Un pays bien logé dans le classement des pays pauvres très endettés, les fameux PPTE. Un pays où un citoyen vit avec moins d’un dollar (500Fcfa) par jour. Quel contraste !

Charles Sanga : Le Patriote

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