Côte d`Ivoire: Gbagbo en difficultés financières, l`économie affectée

Publié le par sethkokohongrie

gbagbo pense

ABIDJAN - L'étranglement financier tenté par Alassane Ouattara et ses alliés extérieurs contre Laurent Gbagbo pour le forcer à céder le pouvoir en Côte d'Ivoire commence à affecter durement le régime en place, mais contribue aussi à une sérieuse dégradation de l'économie du pays.
En décidant fin janvier de fermer le robinet de la Banque centrale des
Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO) à ses agences ivoiriennes, l'Union
économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) a porté un coup très dur au
président sortant.
Si, en réquisitionnant les antennes ivoiriennes de la BCEAO juste avant, le
gouvernement Gbagbo a pu, selon des sources concordantes, récupérer
d'importantes sommes d'argent, le système bancaire ivoirien s'est trouvé
profondément désorganisé.
"D'ici une semaine, dix jours, tout risque de se bloquer", s'inquiète un
banquier sous couvert d'anonymat.
Le gouvernement Gbagbo est "en train de déployer" un nouveau système pour
permettre aux banques de la place de travailler correctement, assure cependant
à l'AFP son porte-parole, Ahoua Don Mello.
Reconnu président élu par la communauté internationale mais sans contrôle
sur les institutions, Alassane Ouattara mise beaucoup sur l'étouffement
économique et financier de son rival.
Pour le régime Gbagbo, l'enjeu du moment est "d'alimenter le système en
liquidités" alors qu'il y a "de moins en moins d'argent pour faire tourner
l'économie", désormais largement coupée de l'extérieur, analyse une source
proche du dossier. Il y a un "risque que des banques ferment", souligne-t-elle.
D'autant que la rupture avec la BCEAO s'ajoute aux sanctions (gel des
avoirs), notamment européennes, contre le camp Gbagbo et des entreprises
ivoiriennes (ports, banques, pétrole...) accusées de financer un pouvoir
"illégitime".
Signe que les caisses se vident: le pays n'a pas honoré le paiement prévu
fin janvier des 30 millions de dollars d'intérêts d'un emprunt à des
créanciers privés.
Le régime "préfère payer les fonctionnaires et les militaires", dont la
fidélité lui est vitale, décrypte un bon connaisseur du dossier.
Chaque mois, il doit trouver de 100 à 150 millions de dollars pour payer
104.000 fonctionnaires et 55.000 soldats, estime-t-on à l'ONU.
En la matière, "on a au moins deux mois encore sans problème", affirme une
source à la présidence Gbagbo.
Par un effet domino, tous les secteurs de l'économie la plus puissante
d'Afrique de l'Ouest francophone sont aujourd'hui affectés par la crise.
Fermeture d'entreprises, chômage technique, inflation, opérations
d'import-export ralenties: "la situation socio-économique se dégrade
drastiquement", selon la Confédération générale des entreprises de Côte
d'Ivoire (CGECI).
Le cacao, dont la Côte d'Ivoire est premier producteur mondial, n'échappe
pas au combat entre les deux rivaux. Le camp Ouattara en a ordonné l'arrêt des
exportations jusqu'à fin février et des exportateurs majeurs semblent avoir
obtempéré.
Le carburant risque aussi de manquer. Les difficultés d'approvisionnement
de la Société ivoirienne de raffinage (SIR, sous sanctions européennes)
peuvent "à brève échéance" entraîner une "pénurie en carburant et en gaz",
selon une organisation professionnelle.
Pendant que les médiations diplomatiques restent sans effet, chaque camp
veut croire que le temps joue pour lui sur le front économique.
Si les salariés "ne peuvent pas être payés, est-ce qu'ils vont rester les
bras croisés jusqu'à être affamés? Une émeute ne serait pas contre Gbagbo,
mais contre Ouattara", prédit un membre de l'entourage du sortant.
A l'inverse, d'après le porte-parole du gouvernement Ouattara, Patrick
Achi, "c'est un moment de sacrifices" pour parvenir à "une Côte d'Ivoire de
paix" et de prospérité.

Par Emmanuel PEUCHOT

source: AFP

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