Entretien / Seth Koko, pdt de l’ACSCI à propos de la réconciliation : ‘’Banny doit démontrer qu’il est l’homme de la situation’’

Publié le par sethkokohongrie

pic-2-interview-27-dec-2011.JPGSeth Guédé Koko, homme d’affaires et consultant diplomatique, est définitivement rentré en Côte d’Ivoire, au terme d’un exil volontaire de trois ans sur les bords de la Seine en France pour apporter sa pierre à l’édification de la nouvelle Côte d’Ivoire. Le fondateur de l’Alliance citoyenne de la société civile ivoirienne (ACSCI), très actif sur Internet pendant la crise postélectorale veut tourner la page de la guerre.

 Vous êtes de retour dans votre pays, la Côte d’Ivoire, après plusieurs années d’exil. Quelles sont les raisons profondes qui vous ont poussé à partir ?

Depuis le début de la crise qui a secoué la Côte d’Ivoire en 2002, je m’étais impliqué à travers le dialogue. Mais le règlement du conflit a mal tourné et cela m’a obligé à quitter le pays parce que ma vie était menacée. J’avais un accord avec le président Gbagbo, mais cet accord n’a pas été respecté par lui et son entourage. Ma vie était menacée et à un moment donné, je devais quitter la Côte d’Ivoire et je suis allé en France.

Aviez-vous un problème particulier avec le président Gbagbo et son régime ?

Je n’avais pas de problème particulier avec le président Gbagbo lui-même, mais j’avais un problème avec sa façon de travailler. La politique qu’il avait mise en place en Côte d’Ivoire ne cadrait pas avec mes convictions. Je le lui ai fait savoir, mais il n’a pas écouté. J’ai demandé à ce que Laurent Gbagbo soit plus sage dans sa gestion de la Côte d’Ivoire, qu’il soit plus diplomate et plus pragmatique dans la mise en œuvre de son programme. Malheureusement, il n’a jamais voulu travailler correctement, il y avait beaucoup de roublardise dans ses prises de positions. Je pense que la Côte d’Ivoire avait vraiment besoin de mieux que cela.

Pendant trois ans, vous avez été très actif sur Internet, vous avez même été l’un des premiers à réclamer une intervention de la France en Côte d’Ivoire lors de la crise postélectorale. Pourquoi ?

J’ai été très actif parce qu’il fallait que je m’implique dans le retour de la paix en Côte d’Ivoire. J’ai donc créé une organisation, l’Alliance citoyenne de la société civile ivoirienne (ACSCI) pour donner mon avis, en tant que leader d’opinion sur la gestion de la Côte d’Ivoire. Il s’agissait pour moi de donner ma position sur le dialogue direct, d’accompagner les structures en charge du processus de réconciliation et celle chargée de l’organisation des élections en Côte d’Ivoire. Concernant l’appel que j’ai lancé aux présidents Sarkozy, Obama et au secrétaire général de l’ONU, le 3 mars 2011, pour qu’ils bombardent les chars de Gbagbo, je ne l’ai pas fait parce que j’en voulais à Laurent Gbagbo. Mais je pense que si cela n’était pas fait, la Côte d’Ivoire serait actuellement encore en guerre, les 20 millions d’habitants vivant sur le territoire allaient payer un tribut plus lourd. Il fallait donc faire un choix et moi j’ai choisi qu’on bombarde les chars d’assaut, les armes lourdes que détenaient M. Gbagbo et le reste de l’armée qui s’opposaient à la légalité.

Votre retour avait été annoncé une première fois, mais la date a été repoussée, mais vous avez tenu à être chez vous en Côte d’Ivoire…

Effectivement et je voudrais avant tout remercier le président Ouattara et le ministre de l’Intérieur, M. Hamed Bakayoko, qui m’ont permis de rentrer au pays. A l’époque du président Gbagbo, tout le monde m’en voulait, mais le président Ouattara a créé un climat favorable à mon retour. Le ministre de l’Intérieur a fait ce qu’il fallait pour que je puisse rentrer. C’est le lieu pour moi d’inviter tous les Ivoiriens qui sont en exil à rentrer au pays. Ceux qui ne sont pas poursuivis par la justice internationale n’ont pas à avoir peur de rentrer. La Côte d’Ivoire est en chantier et j’ai moi-même fait le constat. Personne n’en veut à ceux qui sont en exil parce que ce sont des Ivoiriens qui ont eu peur à un moment donné. Qu’ils rentrent pour que nous puissions ensemble construire la Côte d’Ivoire et ramener définitivement la paix dans notre pays.

Huit mois après l’investiture du président Ouattara, quelles appréciations faites-vous de son programme d’actions, notamment au niveau de la relance économique, de la sécurité et de la réconciliation nationale ?

Le président Ouattara a effectivement prêté serment et a été investi, le 21 mai 2011. Je suis fier de moi parce que parmi ceux qui côtoyaient Gbagbo, j’ai été l’un des premiers à soutenir le président Alassane Ouattara. Pour nettoyer la Côte d’Ivoire, éloigner les Ivoiriens des maladies engendrées par les déchets toxiques ou les ordures ménagères, pour développer nos infrastructures, on n’avait pas besoin de plusieurs milliards de francs. Laurent Gbagbo avait reçu 5 milliards puis 50 milliards de FCFA de la Banque mondiale, seulement pour ramasser les ordures ménagères. Il n’a pas pu le faire, cet argent a été dilapidé. Le président Ouattara est une personne qui aime son pays et qui fait ce qu’il dit. Il n’est pas du genre à s’asseoir à la télévision pour rouler les gens dans la farine, les embobiner dans une histoire qui ne va les emmener nulle part. Je peux donc dire, à mi-parcours, que son bilan est satisfaisant et il est à encourager. C’est vrai qu’il n’a fait que huit (8) mois au pouvoir et qu’il y a beaucoup de choses à faire. La Côte d’ivoire sort d’une crise, il y a encore des Ivoiriens qui souffrent, mais les efforts du président Ouattara sont à encourager.

Le Chef de l’Etat a mis en place la CDVR dirigée par le Premier ministre Banny, mais d’aucuns disent qu’il n’est pas l’homme de la situation. Etes-vous de cet avis ?

M. Banny est une personnalité que je respecte et il peut apporter beaucoup à la Côte d’Ivoire. Mais tout dépend de la manière dont il se fait entourer et tout dépendra aussi de sa volonté à réussir la mission qui lui a été confiée. Il a été nommé par le Chef de l’Etat. Il lui appartient de faire mieux que ce que le Chef de l’Etat lui a demandé de faire. S’il a l’amour de la Côte d’Ivoire et qu’il veut que les Ivoiriens se réconcilient, c’est à lui de démontrer à tous les sceptiques, qu’il est capable de réaliser ce rêve, qui est le pilier de la réussite du pouvoir de M. Ouattara. Si le processus de réconciliation échoue, Banny aura échoué, mais c’est la Côte d’Ivoire qui aura échoué. Pour l’heure, je pense que Banny est l’homme de la situation, mais c’est à lui de le démontrer et j’aurai l’occasion très bientôt de faire des propositions dans ce sens.

L’un des faits majeurs de l’actualité, c’est le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cour Pénale Internationale, à La Haye. Quels commentaires cela vous inspire ?

Je suis pour l’impunité. Quand on a dirigé ce pays et qu’on s’est rendu coupable de ce que vous savez, il est nécessaire que la justice intervienne. Il y a eu des morts en Côte d’Ivoire, ceux qui étaient autour de Gbagbo, de Ouattara ou de l’ex-rébellion et qui sont fautifs, doivent être poursuivis et punis. Il n’y a que de cette façon que les Ivoiriens comprendront qu’un pays doit fonctionner sur la justice. M. Ocampo dit qu’il sera impartial, nous attendons de voir.

La question de la sécurité préoccupe plus d’un Ivoirien, avec la violence constatée dans certaines localités. Que pensez-vous du comportement des FRCI ?

C’est effectivement un point assez sensible parce que la Côte d’Ivoire n’a pas une armée solidaire et totalement unifiée. La sécurité est encore fragile. A preuve, en l’espace d’une semaine, on dénombre près de dix (10) morts, résultat d’un conflit entre les FRCI et les populations, or les FRCI sont venues pour protéger les populations. Les FRCI sont des Ivoiriens censés protéger d’autres Ivoiriens, donc je condamne fermement leur comportement actuel et j’espère que le président de la République tapera encore plus sur la table pour que l’intérieur du pays soit sécurisé. Les populations ne sont pas encore à l’aise à l’intérieur du pays et je souhaite que le travail de sécurisation de l’ensemble du territoire soit fait, parce que les FRCI, avec le comportement qu’ils adoptent en ce moment, sont en train de ternir l’image du président Ouattara.

Que pensez-vous du taux de participation aux élections législatives du 11 décembre dernier?

Le taux de participation aux législatives est négatif, mais cela s’explique par le fait que les populations ont encore peur et dans ces conditions, elles ne peuvent pas sortir. Mais je félicite le Chef de l’Etat pour avoir maintenu la date du 11 décembre 2011 pour la tenue de ces élections législatives. On a organisé l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 après quatre reports et cela a donné le résultat que nous avons connu, parce que reporter des élections ne fait que prolonger les souffrances des populations. Le président Ouattara a décidé de maintenir la date, contrairement au souhait de certains, mais peu importe le nombre de personnes qui se sont déplacées pour voter. Il fallait doter la Côte d’Ivoire d’un parlement, qu’il se mette au travail pour reconstruire la Côte d’Ivoire.

Vous êtes rentré pour apporter votre contribution pour la reconstruction et la relance économique de la Côte d’Ivoire, comment entrevoyez-vous cette contribution ?

Je suis avant tout un homme d’affaires. J’investissais en Europe, j’ai l’intention d’investir en Côte d’Ivoire. Pour ce qui est de ma contribution au plan politique et diplomatique, il appartient aux autorités actuelles de décider. Mais je suis partant pour que l’économie ivoirienne reprenne.
Réalisé par Olivier Dion

Source: L'Intelligence d'Abidjan

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