Guinée-Bissau : le premier ministre arrêté

Publié le par sethkokohongrie

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g_bissau2.jpgLa confusion régnait jeudi 1er avril en Guinée-Bissau après ce qui semble être une tentative de coup d'Etat. Le premier ministre, Carlos Gomes Junior, a été arrêté vers 8 heures par des soldats qui l'ont emmené vers un camp militaire. "Très tôt ce (jeudi) matin, des jeunes soldats sont sortis des casernes, principalement de l'état-major, pour procéder à l'arrestation du premier ministre", a déclaré une source militaire qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat.

Le sort de Gomes Junior restait encore très flou dans l'après-midi. Selon les agences AP et Reuters, il aurait été libéré vers 11 heures.  "Le premier ministre a été libéré et s'entretient actuellement avec le président", a déclaré le responsable du service de presse du chef du gouvernement à Reuters. Mais selon l'AFP, il aurait été conduit dans sa résidence et placé sous surveillance militaire. Le calme régnait à Bissau, la capitale, où quelques banques et magasins ont cependant fermé.

De son côté, le chef d'état-major resterait toujours retenu par les mutins. La radio nationale a interrompu ses programmes pour diffuser de la musique militaire et des soldats étaient visibles jeudi matin autour des casernes. Le président Malam Bacai Sanha, qui a regagné son pays début février après un traitement médical en France, ne semble pas être concerné par ces incidents, selon un diplomate occidental joint par téléphone à Bissau.

Après l'annonce de cette arrestation,  plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le siège du gouvernement à Bissau pour exiger la libération du premier ministre, surnommé "Kadogo". "Libérez Kadogo, nous en avons assez des violences", scandaient les manifestants, pour la plupart des sympathisants du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir, ex-parti unique). Le chef d'état-major adjoint, qui semble être à la tête des mutins, a menacé lors d'une conférence de presse de "tuer" le premier ministre si ces "attroupements" de sympathisants ne cessaient pas.

UN PAYS MARQUÉ PAR L'INSTABILITÉ POLITIQUE

Cette arrestation est intervenue peu après l'irruption dans le bureau des Nations unies d'un groupe de militaires venus libérer l'ancien chef de la marine nationale. Celui-ci avait trouvé refuge auprès de l'ONU en décembre dernier après avoir été soupçonné de tentative de coup d'Etat en 2008. Les Nations unies et le gouvernement de Bissau avaient conclu en janvier un accord qui prévoyait que l'ancien chef de la marine serait remis aux autorités bissau-guinéennes, mais il était demeuré à l'intérieur de la représentation de l'ONU.

Le gouvernement portugais a déclaré suivre avec "préoccupation" la situation. "Nous sommes une nouvelle fois confrontés à une situation de trouble interne. C'est un motif de préoccupation en raison de la présence de la communauté portugaise mais surtout parce qu'il serait bon que la Guinée-Bissau trouve le chemin de la stabilité politique et du respect de l'Etat de droit", a expliqué le porte-parole du gouvernement.

L'ancienne colonie portugaise d'Afrique de l'Ouest, voisine du Sénégal, a été marquée par l'instabilité politique depuis son indépendance en 1974, avec une série de coups d'Etat. L'armée est très influente dans ce petit pays ravagé par une guerre civile à la fin des années 1990 et au centre de trafics de drogue. En mars 2009, le président Joao Bernardo Vieira, élu en 2005, a été tué par des militaires à Bissau, quelques heures après l'assassinat du chef d'état-major. L'actuel président bissau-guinéen, Malam Bacai Sanha, 62 ans, a été soigné  pendant plusieurs semaines, notamment à Paris, à la fin de l'an dernier.

Pour en savoir plus :

- Un reportage de l'émission Complément d'enquête sur France 2. Diffusé en septembre, il dresse un état des lieux du niveau de corruption du pays, gangréné par les narcotrafiquants qui transitent par Bissau sur leur route pour l'Europe.

Publié dans Afrique News

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