Si l’APO meurt, Laurent Gbagbo tombe

Publié le par sethkokohongrie

KOUCe sont des funérailles grandioses que s’apprêtent à organiser Laurent Gbagbo et le FPI pour l’Accord politique de Ouagadougou. Déjà, les signes avant-coureurs se font perceptibles. Le chef de l’Etat, principal initiateur du dialogue direct, a donné le ton lors de la pose de la première pierre de l’hôtel international Onomo. A travers des allusions dont il raffole, le patron de la refondation a rappelé que les passes d’armes auxquels les Ivoiriens assistent en ce moment, montrent que l’APO a atteint ses limites et qu’il est temps de penser à autre chose. Pour le président Laurent Gbagbo, le western commencé avec l’ex-rébellion tend vers sa fin. « Je regarde de plus en plus les films westerns (…) Dans ces films, quand ça chauffe, quand il y a beaucoup de morts, c’est qu’on est pas loin de la fin du film. Quand les uns et les autres se tirent dessus comme c’est le cas actuellement, c’est qu’on est à la fin », disait-il le mardi 23 mars dernier. Or, que constate-t-on en ce moment dans le camp présidentiel ? Un retour au vieux discours d’avant mars 2007. En tournée dans toute la Côte d’Ivoire, les caciques du Front populaire ivoirien et ses démembrements ne jurent que par un désarmement des ex-rebelles avant les élections, tirant à boulets rouges sur le Premier ministre, Secrétaire général des Forces-Nouvelles. Comme si le quatrième volet complémentaire de l’accord, signé le 4 mars 2004 à Ouagadougou ne règle pas cette question. Pire, Laurent Gbagbo et ses hommes parlent de réunification du pays alors que l’Etat, à travers les préfets et sous-préfets, est présent sur toute l’étendue du territoire et même que le chef de l’ex-rébellion partage les tâches avec Laurent Gbagbo, au sommet de l’Etat. La subite surenchère que l’on constate ces temps-ci ne répond qu’à une seule chose : enterrer l’Accord politique de Ouagadougou. Dans l’esprit de Laurent Gbagbo, cet accord a vécu. L’APO lui a permis de rester trois années supplémentaires au pouvoir. Aujourd’hui, pour lui, il est temps que le fruit du « dialogue direct » meurt de sa belle mort comme les autres accords de paix avant lui, surtout que son aboutissement n’est que la présidentielle qui se profile à l’horizon. Ce dont le chef de l’Etat ne veut pas. Mais Laurent Gbagbo pourra-t-il survivre à l’APO ? Rien n’est moins sûr. Car après avoir essayé un Premier ministre choisi par les principaux acteurs politiques ivoiriens et un Premier ministre issu de la communauté internationale, il serait difficile pour lui, de faire croire à l’opinion nationale et internationale que ce n’est pas lui qui est le vrai problème de la Côte d’Ivoire s’il se sépare de Guillaume Soro, fruit de son propre choix et du mécanisme de sa création personnelle. On peut lui concéder les autres fois qu’il y ait eu des erreurs de casting. Qu’on lui ait imposé des personnalités dont il ne voulait pas. Mais pour cette fois que pourra-t-il évoquer pour justifier l’échec de l’APO ? Bien malin qui pourra répondre à cette question. En tout cas, l’APO vit ses derniers jours. Cet énième échec doit amener les Ivoiriens à envisager une transition sans Laurent Gbagbo comme chef de l’Etat. Car la formule où il est au centre du dispositif a montré toutes ses limites. A quoi cela sert-il de signer des accords de paix et dépenser des milliards si après tout cela doit être remis en cause au dernier moment par Laurent Gbagbo ? Avec l’APO, jamais la Côte d’Ivoire n’a été aussi proche des élections tant attendues. Cet accord a donné aux Ivoiriens les audiences foraines, l’opération d’identification et une liste provisoire électorale. Sans oublier les avancées au niveau de la paix sociale. Mais, Laurent Gbagbo a décidé de balayer tous ces acquis du revers de la main. Pour la simple raison qu’il sait que des élections démocratiques en Côte d’Ivoire scelleront la fin de son séjour à la tête de l’Etat. Si l’APO meurt, Laurent Gbagbo ne doit pas lui survivre. Parce que le chef de la refondation est plus que jamais inscrit dans une logique de l’affrontement. La fin du western sanglant qu’il a annoncé n’est pas de la fiction. Elle est déjà une réalité dans son esprit. Comprenne qui voudra!
Jean-Claude Coulibaly

Source LE PATRIOTE

Publié dans News Abidjan

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